lundi 22 septembre 2014

Travaux à La Pouëze (1)

Je poursuis la lecture des registres paroissiaux, combinée avec celle du Dictionnaire historique du Maine-et-Loire, de Célestin Port, et je m'arrête aujourd'hui à la Pouëze, au nord-ouest d'Angers. Une bourgade de sept cents âmes au début du XVIIIe siècle, avec à l'horizon d'un côté la forêt de Longuenée et de l'autre des landes.

La Pouëze sur les cartes de Cassini
Source La France à la loupe

Certains de mes ancêtres y ont vu le jour, s'y sont mariés et y furent enterrés, du temps où Louis XIV régnait sur le royaume de France. Là, ou bien dans les paroisses voisines  de Vern-d'Anjou, du Louroux-Béconnais, de Bécon-les-Granits, ou de Saint-Clément de la Place qui s'appelait alors Saint-Jean des Marais. Des ancêtres du côté de ma grand-mère paternelle, qui n'avaient pas encore migré vers la ville, mais dont je sais peu de choses, sinon qu'ils étaient métayers, closiers, journaliers ou couvreurs d'ardoise…

Pour tenter d'en apprendre davantage sur leur environnement, rien de tel que les registres paroissiaux, pour peu que le curé soit un tantinet bavard. C'est le cas de Louis Maugars.

Ce dernier est intéressant à plus d'un titre. Il succède au sieur Joseph Buffebran du Coudray, qui n'avait fait qu'un bref passage dans la paroisse. Il signe son premier acte dans les registres le 22 mai 1733 et son dernier acte le 1er mars 1771, trente-huit ans plus tard. Une longue présence donc, qu'il met à profit pour embellir l'église, mais aussi la cure et ses dépendances, pour établir un catalogue des baptêmes, mariages et sépultures inscrits dans les registres depuis 1592, pour dresser la liste des curés et vicaires qui l'ont précédé ou accompagné dans son ministère et pour noter la nature et le coût des travaux effectués.

Une mine d'informations, donc !

Commençons par l'église, dédiée à Saint-Victor. Jacques Ragot, l'un des prédécesseurs de Louis Maugars, avait entrepris la construction de la chaire et ce que le curé appelle la "boisure" du chœur de l'église, ainsi que l'installation de bancs pour le catéchisme dans la nef.

En 1734, Maugars fait blanchir les murs de la nef et du chœur à ses frais, puis poursuit les travaux d'aménagement et d'embellissement tout au long des années suivantes : achat de fonts baptismaux en marbre, construction d'une sacristie, rehaussement du sol et carrelage de la nef, carrelage du sanctuaire et du chœur, réfection du confessionnal, enduits sur le pignon et les murs extérieurs, déplacement de la table de communion pour dégager la porte de la sacristie, pose d'une horloge, travaux sur le clocher… de quoi donner le tournis aux paroissiens !

Le curé procède également à divers achats : un rituel en deux volumes, reliés en cuir, des vases et des "bouquets d'hiver" (composés de fleurs de toutes couleurs en soie et papier de soie), un psautier, une croix de cuivre pour les processions, un dais de satin, brodé de soie et d'argent, pour la Fête-Dieu, une chape, des chasubles brodées, des rideaux d'indienne pour les vitraux du grand autel et pour le tabernacle, un miroir pour la sacristie, que sais-je encore.

Il n'hésite d'ailleurs pas à donner de sa personne et semble avoir lui-même fabriqué quatre reliquaires en bois doré, si j'en crois le paragraphe suivant, rédigé à la fin du registre de l'année 1758 :

"En cette année ont été placés aux pieds des quatre colonnes
du grand autel quatre reliquaires de bois doré, où l'on a mis
les reliques qui étoient dans des soleils anciens de bois argenté,
et qui ont coûté chaque au moins quatre livres pour l'or, le bois,
et les autres matières, sans l'ouvrage de menuiserie, sculpture,
et dorure, fait par monsieur le curé, et qui auroient coûté au
moins autant, si on l'avoit fait faire par des ouvriers,
et le tout a été donné par mr. le curé à l'église…
"

Je remarque que Louis Maugars, car c'est son écriture, parle de lui-même à la troisième personne, cela ne vous rappelle rien ? Cet homme d'église avait également des prédispositions pour la gestion, car il ne nous épargne pas le coût des travaux, en livres, en sols ou en écus, indiquant si les dépenses ont été assumées par lui-même ou par la fabrique ou si elles ont été financées par une quête. Il aime également la précision :

"En cette année ont été acheté(s) les fonts baptismaux de marbre qui
ont coûté soixante trois livres tous posés, sans la nourriture des ouvriers
."

C'est moi qui souligne.

Cette lecture nous fait prendre conscience de la place centrale occupée par la religion sous l'Ancien Régime. C'est également l'occasion d'enrichir son vocabulaire. Je vous propose aujourd'hui les trois mots suivants : vergettes, orfroi et rechaussumer.

Les vergettes sont de petites baguettes ou bien des tiges métalliques pour renforcer la solidité d'un vitrail. Ici, je pense qu'il s'agit des tringles pour les rideaux :
"En cette année 1757 ont été acheté(s) des rideaux d'indienne
pour le grand autel et une couverture de tabernacle
de même étoffe aux dépens de la fabrique qui ont coûté
avec les vergettes, … et cordons la somme de cinquante
livres douze sols
."

L'orfroi est une large bande richement brodée d'or ou d'argent, destinée à l'ornement des chapes, chasubles et dalmatiques, nous dit le Larousse en ligne :
"En cette année a été achetée la chape à fleurs de toutes couleurs dont
l'orfroy à fleurs d'argent, galons et frange d'argent fin et a coûté
cent quarante livres
." Rien que ça !

Chape romaine
Source Wikimedia Commons

Rechaussumer, terme apparemment usité seulement dans le Maine, c'est enduire à nouveau avec de la chaux :
"En cette année a été rechaussumée en dehors toute la nef
de l'église…
"
Les hommes de l'art sont des chaussumiers, terme qui avec le temps est devenu un patronyme dans les pays de Loire.

Un seul regret, finalement : l'église actuelle, comme de nombreuses autres dans cette région, a été édifiée au XIXe siècle sur l'emplacement de l'ancien édifice, tombé en ruine. Peu d'espoir, donc, d'y retrouver la trace des travaux minutieusement décrits par messire Louis Maugars.

La semaine prochaine, j'évoquerai le presbytère (qui abrite aujourd'hui la mairie !) et ses dépendances, qui furent également l'objet des soins de leurs occupants successifs.


lundi 15 septembre 2014

La peste au Louroux

J'évoquais ici même la semaine dernière les registres paroissiaux du Louroux-Béconnais, dont les plus anciens parvenus jusqu'à nous furent rédigés en 1500.

Mes plus lointains ancêtres identifiés étant originaires de cette paroisse, j'ai cherché à en savoir davantage et j'ai commencé par la notice du Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire, de Célestin Port. Dénominations successives, situation géographique, énumération des villages et des hameaux qui forment le territoire de la commune, superficie, population, description de divers monuments, longue liste des curés et des maires… bref, une mine d'informations.

Je note au passage qu'une épidémie de peste fit des ravages en 1638. Comment cela transparaît-il dans les registres paroissiaux ?

Source Photo Pin

À cette époque, les baptêmes, les mariages et les sépultures sont consignés dans des registres différents. Commençons par les sépultures. Une quarantaine de décès pour les six premiers mois de l'année, rien qui permette à première vue de penser à une épidémie.

Les premiers jours de juillet ne sont pas plus révélateurs, puis soudain, à partir du 10 juillet, les événements semblent se précipiter : quatre enterrements le même jour, le lendemain un seul acte de sépulture pour deux personnes, Magdelon Besnyer et sa fille Marie, un seul acte également pour Pierre Thierry et sa belle-sœur Julianne Françoys, le 13 juillet Jean Fourier et deux de ses enfants (sans plus de précision), le 15 Jeanne Jallot et sa fille Renée Madiot, le 16 deux autres enfants de Jean Fourier précédemment décédé… la liste n'en finit plus de s'allonger et les ecclésiastiques semblent quelque peu débordés.

Ils ne sont d'ailleurs pas épargnés : inhumation du vicaire Mathurin Mengeard le 9 août, du curé Estienne Baudard le 24 août, du chapelain Jean Richard le 26, d'un autre vicaire, Estienne Leprestre, le 27, du sacristain Jullian Lair le 29. On imagine aisément la confusion qui devait régner dans le bourg.

À partir du 31 juillet, un seul prêtre signe tous les actes de sépulture : Jean Bourgeoys, qui devait être d'une constitution particulièrement robuste, car on relève encore sa signature dans les registres, de façon plus épisodique, jusqu'en 1641.

AD Maine-et-Loire, signature de Jean Bourgeoys, prêtre

Pour le seul trimestre de juillet à septembre, soixante-quinze ou soixante-seize décès. Bref, une hécatombe. Parmi les victimes, le fils du notaire, le sergent royal et son épouse, un meunier, "un pauvre manant en voyage" et "Julliane Trillot veufve du defct. Gilles Martin laquelle m'a déclaré estre de la paroisse du Pin pays de Bretaigne passant par le bourg est demeurée mallade de maladye contagieuse et décédée", nous dit le prêtre qui a rédigé l'acte.

Passons au registre des baptêmes. Les actes sont difficiles à déchiffrer, mais rien de particulier à signaler jusqu'au 24 juillet inclus, dernier baptême administré par le curé Estienne Baudard qui succombera un mois plus tard.

Les actes suivants, rédigés par Jean Bourgeoys, sont de simples enregistrements : les baptêmes ont eu lieu à Villemoisan, à La Pouëze ou à Angrie, paroisses éloignées de quelques lieues de celle du Louroux-Béconnais, "à cause de la maladye contagieuse", ainsi est-il précisé. Les cérémonies ne reprendront leur cours normal sur les fonts baptismaux de l'église Saint-Aubin, au Louroux-Béconnais, que le 12 novembre 1638.

Quant au registre des mariages, c'est très simple : sur la même page, on peut lire tout d'abord l'acte de mariage de Pierre Bodard et de Renée Denion le 3 juin 1637, puis juste après celui de Maurice Grignon et de Jacquine Bastonné… le 6 février 1639. Les paroissiens avaient d'autres soucis durant l'année 1638.

Une remarque : pas une fois, dans les registres, je ne relève le mot de peste. Tout juste parle-t-on de maladie contagieuse. Faisait-elle peur au point que personne n'osait même en prononcer le nom ?

Pour le mot de la fin, je laisse la parole à Célestin Port, l'auteur du Dictionnaire historique : "Tout le bourg reste abandonné, et les habitants qui n'émigrent pas y meurent, sauf un prêtre, Jean Bourgeois, qui s'était voué à assister les malades." Et pourtant la vie reprendra son cours, puisque mon ancêtre René Doison, couvreur d'ardoise, y épousera Catherine Gasnier le 9 octobre 1640 et que douze enfants naîtront de cette union.

lundi 8 septembre 2014

De très anciens manuscrits

Depuis cinq ans que je les pratique, les archives en ligne n'en finissent pas de me ravir. Tout particulièrement celles du Maine-et-Loire, abondamment fournies et d'un accès facile.

Par exemple, lorsque vous ouvrez la page du Louroux-Béconnais à la rubrique des registres paroissiaux et d'état civil, vous n'obtenez pas moins de soixante résultats.

La présentation générale, sous forme de tableau, est plutôt agréable et permet une vision d'ensemble quasiment d'un coup d'œil. Un seul bémol : le classement des registres n'est pas rigoureusement chronologique, vous avez d'abord les tables décennales, puis la collection départementale et enfin la collection communale (il m'est déjà arrivé de me faire piéger et de croire que la période qui m'intéressait ne figurait pas dans la liste), l'une suppléant les éventuelles lacunes de l'autre.

Eh bien, devinez quoi ? Au Louroux-Béconnais, les registres de baptême commencent en… 1500 ! Soit une quarantaine d'années avant que François 1er ne les rendent obligatoires.

J'ai feuilleté (virtuellement, pas besoin de mettre de gants) le premier registre, par curiosité. Il est en assez bon état, même si les coins des feuillets ont parfois disparu. Les actes de baptême, en français autant que je puisse en juger, font trois ou quatre lignes, séparés les uns des autres par un espace qui permet de bien les distinguer. Le patronyme de l'enfant est magnifiquement calligraphié dans la marge, pour faciliter les recherches. Un vrai bonheur.

AD Maine-et-Loire, Le Louroux-Béconnais 1500-1519 vue 2/75

Bon, il faut de solides notions de paléographie, que je ne possède pas encore, pour saisir le contenu des actes. Au fil des pages, j'ai néanmoins reconnu quelques noms de famille : Doison, Gaultier, Grignon, Aubert, Delabarre, Crannier… peut-être certains de mes lointains ancêtres ? Mais comme les registres des mariages ne commencent qu'en 1615, soit plus d'un siècle après, il me sera impossible d'en avoir jamais la certitude.

Poussons un peu plus loin. Voici les deux premiers feuillets du troisième registre, celui dans lequel figurent les baptêmes administrés de novembre 1559 à juin 1596. En ces temps lointains où la dynastie des Valois régnait encore sur le royaume de France, les hommes d'église prenaient parfois le temps de dessiner de surprenantes lettrines, vous ne trouvez pas ? Mais à quoi correspondent ces visages… mystère.

AD Maine-et-Loire, Le Louroux-Béconnais 1559-1596 vue 1/156
 
AD Maine-et-Loire, Le Louroux-Béconnais 1559-1596 vue 2/156

J'en profite pour tenter de progresser en paléographie. Voici ce que je parviens à déchiffrer de l'en-tête :

"Ce papier contient le
catalogue c'est a dire le nombre,
par ordre des propres noms des enfants
baptizez, en leglise (par)ochial du
Loroulx les temoyns ensemble les
noms et surnoms des peres, meres, parains, et maraines
des(dit)s enfants. Item les noms et signes manuels, des
pbres, qui leur auront conferé le sainct sacrement
de baptesme, oultre, les jours, les moys et les ans
au quels les(dit)s enfants auront este baptizez :
comencent, le premier jour de novembre, l'an mil cinq
centz, cinquante et neuf ; mesire Estiene Grandin
pbre, lors estant vicaire, dudict Loroulx ?
soub(signe)z m(essir)e Sebastien Mahe recteur et curé dudict lieu
E(?) premier"

Vous savez comme moi que "pbre" est l'abréviation usuelle de "presbiter", qui signifie prêtre en latin. Mais il subsiste néanmoins quelques points d'interrogation dans les dernières lignes du texte.

Je vous laisse vous exercer à votre tour, si cela vous dit.


Un seul regret, les officiants religieux qui se sont succédé dans cette paroisse étaient peu enclins aux digressions, je n'ai donc guère rencontré de mentions insolites dans leurs registres. Une lecture attentive permet néanmoins de relever certains épisodes marquants de la vie de la paroisse, j'y reviendrai la semaine prochaine.

lundi 1 septembre 2014

Coquins de paroissiens !

La lecture attentive des registres paroissiaux à la recherche d'une fratrie ne manque pas d'intérêt. C'est parfois l'occasion de découvrir quelque pépite.

Je m'attachais à reconstituer la longue liste des enfants du couple formé par René Roulleau et Marie Veau (encore elle), lorsque je tombai sur cette mention.
 
AD Maine-et-Loire, Saint-Just-des-Verchers, vue 117/394

Je rappelle que nous sommes à Saint-Just-des-Verchers, à la toute fin du XVIIe siècle, du temps où Louis XIV régnait sur le royaume de France. Dans l'actuel département du Maine-et-Loire, à une lieue environ au sud de Doué-la-Fontaine. René Jacques Peschin, le curé de la paroisse de Saint-Just, dont je respecte ici l'orthographe originale (toute en lettres doubles, sans beaucoup de ponctuation ni d'accents, sauf là où on ne les attend pas), nous narre ceci :

"Le dimanche cinquiesme jour d'octobre mil six
cent quattre vingt dix huit sur les neuf
heures du matin avant la messe paroissialle
de l'eeglise de S(ain)t Justz de verché à esté
rebeny par nous p(rê)tre curé de la ditte eeglise
soubsigné commissaire à cet effet de monsieur
denesde archydiacre et grand vicaire de
l'eeglise de poistiers le siege episcopal
vacant un petit cimettiere sittué devant
la porte principalle de la ditte eeglise
le quel avoit esté plusieurs années delaissé
des clostures ordonnées par les constitutions
de l'eeglise
de l'eeglise et prophané par des
habitants voisins par plusieurs usages
defendus et indecents pour les quels
eviter par la suitte nous aurrions
faict closre le dit cimettiere de murailles
et de grilles à nos frais le mois
d'avril dernier ; et à esté faitte la
ditte benediction en presence des habitants
de toute la paroisse et de messire
René Jolly p(rê)tre curé de la paroisse de
concourson et de m(essi)re henry chevallier
p(rê)tre curé de la paroisse de S(ain)t
pierre du dit verché soubsignés avec nous
"

Suivent quelques signatures : celle du curé de Saint-Pierre-des-Verchers et celle du curé de Saint-Just, comme indiqué, mais non celle du curé de Concourson ; celle d'un certain Masson, prêtre ; d'une certaine Marie Oger, dont j'ignore le rôle et le statut ; et celle de François Greffin, huissier royal, comme je l'apprends quelques pages plus loin, en lisant un acte de baptême où il est cité comme parrain.


Ce qui me laisse rêveuse, ce n'est pas tant l'élégant paraphe de maître Greffin, orné d'une ruche, que l'allusion faite par le curé : le cimetière aurait été profané "par plusieurs usages défendus et indécents" ! À quelles activités se livraient donc ces coquins de paroissiens, je vous le demande ? J'ai ma petite idée, mais je laisse libre cours à votre imagination…

lundi 25 août 2014

Implexe, vous avez dit implexe ?

Les alertes Geneanet réservent parfois quelques surprises. Cette semaine, par exemple, le mariage du couple formé par René Roulleau et Marie Veau (vous avez le droit de sourire) le 13 février 1685 en l'église de Saint-Just-des-Verchers(1).

Ainsi munie d'une date et d'un lieu, je commençai par vérifier la présence de l'acte dans les registres paroissiaux. L'information était fiable.

AD Maine-et-Loire, Saint-Just-des-Verchers, vue 44/394
AD Maine-et-Loire, Saint-Just-des-Verchers, vue 45/394

J'en profitai pour ajouter quelques feuilles à cette branche de mon arbre généalogique : les prénoms et noms des parents, les mariages des enfants dans la même paroisse ou dans celles des environs, la sépulture de la mère, les baptêmes des petits-enfants et, une fois cette mise à jour faite dans ma base de données Heredis, je cliquai sur l'onglet "Lignée descendante" pour juger de l'effet.

La liste remplissait tout l'espace (et même au-delà), normal, René Roulleau est un de mes ancêtres à la neuvième génération. Qui plus est, dans la branche de mon grand-père maternel, une de celles que j'ai le plus étudiées, compte tenu de la facilité d'accès des archives du Maine-et-Loire. Avec des fratries fort nombreuses, qui résistaient apparemment plutôt bien aux périls divers qui menaçaient la petite enfance en ces temps lointains et dont les individus, arrivés à l'âge adulte, engendrèrent à leur tour une nombreuse progéniture. Laquelle, au fil du temps, a développé quelques ramures dans les Deux-Sèvres toutes proches.

Descendance de René Roulleau

Un point, toutefois, attira mon attention : certaines lignes du tableau apparaissaient en rouge. De quoi s'agissait-il ? À y regarder de plus près, des implexes !

Si vous n'êtes pas totalement néophyte en généalogie, vous avez sûrement déjà rencontré ce mot. Du latin "implexus" (mêlé, entrelacé), il fait référence au fait que certains de nos ancêtres figurent à plusieurs reprises dans nos arbres généalogiques, par exemple lors d'un mariage entre cousins germains ou issus de germains. Le nombre réel de nos ancêtres est de ce fait inférieur à leur nombre théorique.

L'implexe généalogique,
quelque chose comme ça ?

Je vous renvoie pour plus amples explications à l'article très clair et très bien documenté d'Entre nous et nos ancêtres : "Qu'est-ce qu'un implexe en généalogie ?"

Le couple qui nous intéresse aujourd'hui, celui formé par René Roulleau et Marie Veau, a donné le jour à huit enfants. L'une de leurs filles, Marie, épousa François Prisset en novembre 1706, en l'église Saint-Just-des-Verchers, en présence de nombreux parents et amis dont beaucoup apposèrent leur signature au bas du registre.

Leur petite-fille Anne épousa sur le tard (elle allait avoir trente-sept ans) André Bernier en février 1750 et leur arrière-petite-fille Marie Bernier épousa François Maitreau en juillet 1767, une semaine avant son seizième anniversaire. Les familles s'étaient établies à Concourson.

Nous voici arrivés à la fin du XVIIIe siècle, juste avant la Révolution. François Maitreau et Marie Bernier eurent au moins dix enfants entre 1769 et 1790. C'est à leur génération que certaines branches allaient s'entremêler avec celles de leurs cousins ! Leurs filles Jeanne et Louise épousèrent respectivement l'une François en 1797 et l'autre Pierre Roulleau en 1806. Deux frères dont l'arrière-grand-père, François Roulleau, était issu du même couple que l'arrière-grand-mère de leurs épouses, Marie Roulleau.

Ils étaient donc parents au quatrième degré selon le droit canon ou au huitième degré selon le droit civil. Pas de dispense à solliciter auprès des autorités, religieuses ou civiles. Mais pour moi la nécessité de coucher tout cela sur le papier, sous forme d'un schéma, si je veux m'y retrouver. Voici celui qui permet de visualiser les liens de parenté entre François Roulleau quatrième du nom et son épouse Jeanne Maitreau (il faudrait naturellement compléter les fratries de part et d'autre, mais cela devient rapidement illisible, c'est pourquoi j'ai simplifié au maximum).

Schéma faisant apparaître les liens de parenté
entre François Roulleau et Jeanne Maitreau

Pour compliquer encore un peu l'arbre généalogique, une troisième sœur, Jacquine Maitreau, épousa en 1813 un neveu des frères Roulleau, mais j'arrête là si je ne veux pas vous perdre en route…

Les lignes qui apparaissent en rouge sous l'onglet "Lignée descendante" d'Heredis sont donc celles des frères Roulleau et des sœurs Maitreau, ainsi que de leurs enfants, pour cause d'ancêtres communs.

Je ne suis pas directement concernée par ces implexes, car je descends d'un autre enfant du couple formé par François Maitreau et Marie Bernier : André, né en 1785, dont le fils Achille quittera les coteaux du Layon pour la vie militaire et prendra sa retraite à Pau. J'ignore donc comment Heredis résout l'épineuse question de la numérotation Sosa pour ces ancêtres qui apparaissent deux fois ou davantage dans les arbres d'ascendance.

Quelqu'un a la réponse ?




(1) Pour ceux que la géographie intéresse, nous sommes dans l'actuel département du Maine-et-Loire, au sud du fleuve, dans la région des coteaux du Layon.

lundi 18 août 2014

Énigme dans le bocage

Laissez-moi vous emmener aujourd'hui faire un tour dans les Mauges, cette partie de l'Anjou située au sud de la Loire, délimitée par la Vendée au sud-ouest et les coteaux du Layon à l'est. Plus précisément à Saint-Lézin, à la fin du XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIV. Nous sommes à deux lieues environ de Chemillé, quelques lieues supplémentaires de Beaupréau et de Cholet, dans un paysage de bocage.

Carte trouvée sur le site de le ferme pédagogique
du GAEC La Passerelle

C'est dans la paroisse de Saint-Lézin que vivait le couple formé par Mathurin Tareau, fileur de laine, et son épouse Françoise Uzureau, mes lointains ancêtres à la onzième génération. Parmi leur progéniture, il y eut au moins deux filles : l'une, Jacquine, épousa Michel Douezy en 1692 et l'autre, Louise, épousa François Caillaud en 1696.

La lignée de la première conduit à travers le temps jusqu'à Jenny Letourneau, ma grand-mère paternelle, née en 1875 et décédée en 1940. La lignée de la seconde conduit à François Constant Uzureau, chanoine et historien, né en 1866 et décédé en 1948.


Un cousinage inattendu

Geneastar m'avait signalé au printemps dernier ce lointain cousinage avec un ecclésiastique dont la célébrité m'avait totalement échappée jusque là ! J'imprimai la liste des ascendants de François Constant Uzureau jusqu'à Mathurin Tareau et je rangeai le document, en attendant d'y revenir en temps utile.

Je l'ai repris depuis quelques jours, afin de compléter dans la mesure du possible cette liste, en y indiquant les dates et les lieux des baptêmes, des mariages et des sépultures, ainsi que les prénoms et noms des conjoints, avant de les saisir dans ma base de données. Je tiquais néanmoins sur un détail : Jacquine Caillaud, fille de François Caillaud et Louise Tareau, baptisée le 22 mars 1698 à Saint-Lézin, aurait donné naissance à un fils le 9 janvier 1748… à l'âge fort avancé (pour l'époque, bien sûr, ne vous méprenez pas) de cinquante ans, donc ! Cela me paraissait peu vraisemblable.

Première démarche

Tout d'abord, je vérifiai les informations à ma disposition. Oui, il existe bien dans les registres paroissiaux de Saint-Lézin un acte de baptême au nom de Jacquine Caillaud (ou Caillaut), à la date du 22 mars 1698, et la filiation ne laisse la place à aucune ambiguïté. Même si le patronyme est orthographié avec des variantes au fil du temps, selon les vicaires ou les curés.

Acte de baptême de Jacquine Caillaud
AD Maine-et-Loire, Saint-Lézin vue 153/278

De même, il existe bien un acte de mariage entre une certaine Jacquine Cailleau, avec la même filiation, et René Bompas le 26 novembre 1732 et un autre mariage entre Jacquine Caillaud, veuve de ce même René Bompas, et Jean Boutin le 5 août 1738 (c'est de cette union qu'est issu le jeune Jean Boutin, né le 9 janvier 1748, sur lequel j'ai achoppé).

Toutefois, ce dernier document attribue à la dite Jacquine vingt-trois ans, et non quarante. Je sais que l'imprécision sur l'âge des parties est monnaie courante dans les actes de l'époque, mais un écart qui la rajeunit de dix-sept ans, voilà qui n'est certes pas banal.

J'en profitai pour jeter un œil sur l'acte de sépulture daté du 15 avril 1780. Là encore, la femme de Jean Boutin est créditée (si je puis dire) de soixante-six ans, et non pas de quatre-vingt-deux ans, soit un écart de seize ans en sa faveur !

L'inspecteur mène l'enquête

Et s'il existait deux Jacquine Caillaud ? Je voulus en avoir le cœur net.

C'était parti pour quelques heures de recherches, des allers et retours fébriles entre les arbres en ligne sur Geneanet et les archives numérisées du Maine-et-Loire, des listes rapidement couchées sur des feuilles volantes, des notes inscrites mon journal de recherches…

Dans un premier temps, je décidai de reconstituer, dans la mesure du possible, l'ensemble de la fratrie issue du couple formé par François Caillaud et Louise Tareau, dont les noces avaient été célébrées à Saint-Lézin le 28 février 1696. Je descendis donc page après page les registres paroissiaux, heureusement fort lisibles sans l'aide d'un paléographe confirmé. Même si quelques pièges, çà et là…

Je ne dénombrai pas moins de neuf enfants, au rythme plus ou moins régulier d'un tous les deux ans, moins espacés au début, plus espacés à la fin de façon tout à fait classique :
  • Louise, baptisée en janvier 1697,
  • Jacquine en mars 1698,
  • Catherine en décembre 1700,
  • François en janvier 1703,
  • Jacques en avril 1705,
  • Jean en janvier 1707,
  • Renée en septembre 1709,
  • Pierre en août 1712,
  • et enfin Perrine en février 1716.

Tiens, tiens, cette petite dernière a eu pour marraine… devinez qui ? sa sœur Jacquine ! Et si, par la suite, on l'avait appelée Jacquine elle aussi ?

Acte de baptême de Perrine Caillaud
AD Maine-et-Loire, Saint-Lézin vue 274/278

Je cherchai ensuite à savoir si Jacquine "l'aînée" s'était mariée avant sa plus jeune sœur et je trouvai l'acte suivant : le 2 décembre 1719, "Jacquine Caillaux fille de François Caillaux et de Loüise Tareau âgée de vingt deux ans" a épousé un certain Pierre Courtois ou Courtais, en présence des pères et mères des deux conjoints, ainsi que d'autres parents. L'âge indiqué, vingt-deux ans, est cohérent avec l'âge réel, vingt-et-un ans.

C'est sans aucun doute ce même Pierre Courtois qui est présent au mariage de "l'autre Jacquine" avec René Bompas en novembre 1732. Il est d'ailleurs cité dans l'acte en tant que beau-frère de la jeune épouse du jour (elle a alors seize ans si elle ne fait qu'un avec Perrine).

Elle sera ainsi appelée Jacquine avec une belle constance dans les registres paroissiaux, lors de tous les événements qui jalonneront son existence jusqu'à son inhumation en avril 1780. Je note au passage que sa sœur Jacquine "l'aînée", femme de Pierre Courtois, sera la marraine de son premier né, René Bompas, baptisé en avril 1734.

Je n'ai donc pas la preuve formelle que la Perrine née en février 1716 et la Jacquine mariée en 1732, remariée en 1738 et décédée en 1780, ne sont qu'une seule et même personne ; mais j'estime avoir réuni un faisceau d'indices suffisamment concordants.

Soyons tout à fait honnête. Il y a un petit hic, un seul : l'acte de baptême du jeune Charles Boutin le 29 janvier 1746. Le curé de l'époque, René Ogereau, indique : "Charles né de ce jour fils de Jean Boutin métayer… et de Jacquine Courtais Caillault son épouse" ! Allons bon ! La plume du prêtre aurait-elle dérapé ou sa vue lui aurait-elle joué un tour ? Le parrain s'appelle Charles Courtais, la marraine est l'épouse de François Courtais, me voilà avec trois Courtais pour le prix de deux !

Le diable se niche dans les détails, dit-on. La preuve, en tous cas, qu'il y avait bien plusieurs Jacquine Caillaud dans la paroisse et que la confusion était possible.

Quelle leçon en tirer

Si j'ai éprouvé le besoin de vous conter par le menu mes élucubrations et mes recherches, c'est pour en tirer quelques solides principes :

1. D'abord, examiner les informations à notre disposition d'un œil suffisamment critique pour y déceler les incohérences éventuelles (de dates, de lieux, d'âge…).

2. Ensuite, ne jamais se satisfaire des informations de seconde main (pas de simple copier-coller, donc), mais toujours remonter à leur véritable source : les registres et les actes rédigés à l'époque des événements. Et les comparer, lorsque l'on a la chance d'avoir plusieurs versions (la collection communale et la collection départementale des registres d'état civil, par exemple).

3. Ne pas oublier que l'erreur est toujours possible et ce à tous les niveaux : personne n'est infaillible, ni l'officiant religieux qui rédige l'acte, ni le curé ou le vicaire qui le recopie sur le second registre, ni le transcripteur qui déchiffre mal un prénom, un nom, un métier, une date, ni le généalogiste qui saisit les informations dans sa base de données…

4. Ne pas perdre de vue les coutumes des régions où ont vécu nos ancêtres, elles peuvent nous fournir des pistes. Pour ma part, j'ai constaté que les aînés recevaient souvent le prénom de leurs parents ou de leurs grands-parents, que les garçons recevaient le même prénom que leur parrain et les filles le même que leur marraine, et que le prénom usuel différait parfois de celui du baptême.

5. Toujours noter les témoins, les intervenants, les personnes présentes citées dans les actes ainsi que leur lien de parenté avec les parties, s'il est indiqué. Là encore, ces éléments constituent des indices à exploiter.

Bon, j'arrête là ce ton un peu trop "pédago" peut-être pour des vacances estivales.

Et François Constant Uzureau, dans tout ça ?

Eh bien, permettez-moi de vous orienter vers Feuilles d'ardoise. La blogueuse qui se cache derrière ce joli titre a rédigé un billet sur ce personnage, à l'occasion du challenge AZ de juin 2014 : il s'intitule très logiquement "U comme Uzureau".

Ce fut l'élément déclencheur de mes investigations du moment, qu'elle en soit ici remerciée.