lundi 20 mai 2013

Une sépulture oui, mais où ?


La pratique généalogique conduit notamment à rechercher dans les registres paroissiaux les actes qui ont jalonné la vie de nos ancêtres : baptême, mariage(s), sépulture.

Je vais vous entretenir aujourd'hui de celui qui met un point final à leur histoire ici-bas, l'acte de sépulture. Je suis incapable de dire combien j'en ai déchiffrés à ce jour, mais j'en ai environ 600 dans ma base de données (je parle bien des sépultures, et non pas des actes de décès figurant dans les registres d'état civil).

Intérieur église de Montaut, Pyrénées-Atlantiques
Collection personnelle
Le plus succinct, du moins pour les adultes, est certainement celui-ci, relevé dans le registre de la paroisse vosgienne de Bruyères au XVIIe siècle : "Adam doridan est mort le 28 septemb. 1678".

D'autres nous fournissent davantage d'informations sur l'âge, la situation de famille, le métier du défunt, ainsi que sur les témoins et sur leurs liens de parenté éventuels avec lui. Ils nous indiquent rarement les causes du décès, mais nous précisent parfois si l'intéressé a eu le temps de se confesser et de recevoir les derniers sacrements avant de rendre l'âme.

La formule est souvent la même : "L'an mil sept cent quatre vingt cinq le quatre décembre le corps de Alexis Laubret décédé d'hier … a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse par moi curé soussigné…".

Je passe sur la subtile distinction entre "petit cimetière" et "grand cimetière", je l'ai souvent rencontrée sans parvenir à déterminer si elle était liée à l'âge du défunt ou à sa condition. Je note qu'en Anjou certains curés employaient le verbe "ensépulturer", à la place d'inhumer (de loin le plus fréquent), d'enterrer ou d'ensevelir, alors qu'il semble avoir disparu des dictionnaires contemporains. À rapprocher sans doute du terme "sépultuaire" (pour cimetière) rencontré dans une paroisse de la Moselle.

Certains prêtres apportent des précisions sur l'emplacement de la sépulture. Ainsi dans le Maine-et-Loire, à Montilliers en 1713 pour Etienne Gourichon, "inhumé dans le grand cimetière vis à vis de l'entrée de la chapelle de Nostre Dame" ou dans la Manche, à Juvigny en 1706 pour Jean Bouillaud, dans le cimetière "au bout de l'église vers soleil levant".

Jean Germon, marchand décédé dans les Deux-Sèvres, à Moncoutant, en 1693, m'a permis d'enrichir mon vocabulaire. Son corps a été inhumé "sous le balet de l'église" ! Rien à voir avec les sorcières (oui, je sais, il faudrait écrire balai), le terme est employé dans le Poitou et dans la Vienne pour désigner la galerie couverte par un toit en saillie, devant l'entrée de certaines églises.

Et puis il y a ceux qui sont inhumés à l'intérieur même de l'église. En premier lieu les prêtres, bien sûr, comme René Charles Le Pegot et René Michel Libor, curés du Touchet, que j'ai évoqués dans un précédent billet(1). Mais pas seulement.

J'ai ainsi quelques ancêtres du Maine-et-Loire et des Deux-Sèvres qui furent inhumés en leur temps dans l'église de Concourson, dans celle de Saint-Clément-de-la-Place ou dans celle de Moncoutant. Aucune chance de trouver trace de leur tombeau, ces paroisses furent au cœur de la tourmente révolutionnaire et les édifices religieux ont été soit entièrement reconstruits au XIXe siècle, soit tellement restaurés qu'il ne subsiste plus trace de la période antérieure.

J'aurais peut-être plus de chance dans les Pyrénées-Atlantiques, mais je ne m'étais pas encore penchée sur la question, lorsque j'ai visité l'église de Montaut. Cette dernière date en partie du XVIe siècle. Peut-être suis-je passée sans le savoir près de l'endroit où furent inhumés deux enfants Arramonde, en 1760 et 1767, et leur grand-mère Marie Paillassat en 1771 ?

J'ai gardé pour la fin cette mention dans les registres de Bécon-les-Granits (Maine-et-Loire), où vécurent certains de mes ancêtres angevins. Elle concerne le vicaire de la paroisse(2) :
"Le dix neuf May mil six cent quatre ving neuf a esté ensepulturé dans
L'Eglise de Bescon proche le banc de la Rouletterie par nous prestre curé de
St Clement de la place soubsigné en presence de Maistre René Benoist prestre
Curé du dict Bescon le corps de venerable et discret maistre Damien de la Barre
prestre de la dicte Eglise de Bescon agé de soixante et huict ans huict mois
ou environ ont esté presents tous les soubsignés
"

Après un moment de perplexité, j'ai eu l'idée de regarder dans La France à la loupe(3) : la Rouletterie figure parmi les toponymes de la commune. Il s'agit d'un hameau ou d'un groupe d'habitations. Les paroissiens avaient-ils leur place réservée pour la messe et les fêtes carillonnées ? Probablement. Jean-Louis Beaucarnot(4) nous explique d'ailleurs dans un de ses livres que la location des bancs était une source de revenus pour l'église.




(1) En mars 2013, billet intitulé Donation à la paroisse de Touchet
 (2) AD Maine-et-Loire, Bécon-les-Granits, collection communale BMS 1683-1713 vue 91/479
 (3) Logiciel édité par BSD Concept, qui permet de localiser communes et toponymes sur la carte de France.
 (4) Jean-Louis Beaucarnot, Comment vivaient nos ancêtres ? Editions J'ai lu, p.12 à 15

lundi 13 mai 2013

Au voleur !


J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer ces mentions insolites, rencontrées au détour d'une page, dans les registres paroissiaux.

Aujourd'hui, je vous emmène à la Pouëze, dans l'actuel département du Maine-et-Loire. C'est un bourg situé à 25 kilomètres au nord-ouest d'Angers, qui comptait 142 feux vers 1720 et 165 feux au moment de la Révolution. Terre de prés, de vignes, de vergers, de bois et de landes, selon le Dictionnaire historique de Célestin Port.

Source AD Maine-et-Loire, La Pouëze

Le curé, Jean Veillon, a écrit ceci à la suite des vingt-huit baptêmes, cinq mariages et vingt sépultures inscrits dans son registre(1), l'année où Louis XVI devint roi de France :

"Cette année 1774 la nuit du 5 au 6
juin l'eglise de la pouese a été vollée.
c'est a dire le galon d'or et d'argent d'un
devant d'autel, de trois chasubles et d'une
chappe de toutes couleurs, avec le tronc de la
sacristie et un miroir doré : cette perte a été
estimée environ 300# la réparation de ce
vol en galons faux a été de quarante huit livres
dix sols. on a fait pour cela une quete dont le
produit a été de trente une livre seise sols.
Le procureur de la fabrique a fourni au reste.
dame Louise Marguerite Modeste de collasseau
damoiselle veuve et douairiere de messire
Pierre de terves chevallier seigneur de l'anjouaire
et d'Armaillé a fait present a l'eglise de la
Pouese d'un très beau galon d'argent fin pour
le devant d'autel. c'est dommage qu'il se soit trouvé
trop court."

La dernière phrase me ravit : humour involontaire ou petit coup de patte envers la vieille dame qui aurait quand même pu faire preuve de plus de générosité ?

Un nom a attiré mon attention, celui de son époux Pierre de Terves. Il me semble qu'il figurait déjà dans ma base de données. Effectivement, il était présent au mariage de mon ancêtre René Brossard, métayer dont il était le maître, avec Jeanne Citoleux, le 10 novembre 1727. Il fut également le parrain de leur troisième enfant (mais premier fils), René Pierre Brossard, baptisé en décembre 1732.

Pierre de Terves, décédé en décembre 1765, fut enterré dans une chapelle "collaterale au chœur" de l'église de la Pouëze(2), avec toutes les solennités d'usage (l'acte de sépulture occupe les deux tiers d'une page du registre). Son épouse, Louise de Collasseau, lui survécut presque vingt ans et décéda en mars 1785. Elle fut inhumée dans la chapelle Sainte-Anne(3), en présence de son fils aîné, de son gendre et de nombreux parents et amis qui signèrent le registre paroissial.

Il semblerait que l'église ait souffert durant les troubles de la Révolution et qu'un nouvel édifice ait été construit à l'emplacement de l'ancien au XIXe siècle. Peu de chances donc, de trouver trace de ces sépultures.

L'histoire ne dit pas non plus si le voleur fut identifié, ni ce qu'il fit de son butin.


(1) AD Maine-et-Loire La Pouëze BMS 1768-An III vue 80/403
(2) AD Maine-et-Loire La Pouëze BMS 1751-1767 vue 186/206
(3) AD Maine-et-Loire La Pouëze BMS 1768-An III vue 227/403

lundi 6 mai 2013

Pari tenu


Eh bien voilà, c'est fait, j'ai réussi à poster un billet par jour, du lundi au samedi, pendant tout le mois d'avril, et à trouver un sujet pour chaque lettre de l'alphabet. Ouf !

Source Photopin

Au passage, j'ai testé ma mémoire. Certains comptent les moutons dans l'obscurité en attendant le sommeil, je passais mentalement ma liste en revue : A comme abjuration, B comme broyeur de couleurs, C comme climat normand… et ainsi de suite jusqu'à ZZZZZ !

J'ai pleinement apprécié les outils fournis par les nouvelles technologies : consulter les sujets du jour, sur mon iPad, grâce à Scoop.it! et au wifi, dans un hall d'hôtel à Tokyo, c'est quand même quelque chose. Et pendant ces premiers jours d'avril, mes textes paraissaient gentiment à l'heure prévue, sans que j'aie à m'en soucier davantage (merci l'option "planifier").

J'ai lu avec plaisir les nouvelles parutions de mes blogs favoris et j'en ai découvert de nouveaux, tout aussi passionnants. J'ai tenté d'imaginer les hommes et les femmes qui se cachaient derrière leurs mises en ligne, je leur ai prêté une voix, j'ai regardé leurs illustrations et j'ai parfois fouillé un peu, pour découvrir les messages des mois précédents. Je n'ai pas encore tout lu (plus de 1200 textes, paraît-il), mais j'ai bien l'intention de continuer.

J'ai appris : sur les terroirs, sur les métiers (et même sur une fabrique de papier à cigarettes), sur les prénoms anciens, sur l'ADN mitochondrial, sur les pratiques des généalogistes d'aujourd'hui et sur les mœurs de leurs ancêtres, mille détails qui font le sel de ces recherches.

J'ai vérifié qu'une certaine forme de contrainte est un excellent stimulant, qu'avec un peu d'imagination je surmontais sans trop de mal les difficultés (j'ai finalement trouvé des sujets pour illustrer le K, le W ou le Z, qui m'inquiétaient au départ), que la pratique quotidienne est l'un des secrets de l'écriture…

Et puis, j'ai regardé d'un œil nouveau les données accumulées depuis quatre ans sur mes étagères et dans mon ordinateur. J'ai corrigé au passage quelques erreurs, exploité des informations qui m'avaient dans un premier temps échappé, poussé plus loin mes investigations, noté les sujets à approfondir… Bref, le bilan est plus que positif. Un grand merci à Sophie Boudarel, qui est l'instigatrice de ce défi.

Et c'est reparti pour de nouvelles aventures généalogiques. Un autre challenge est d'ores et déjà annoncé pour juin 2014, j'espère bien convaincre une ou deux amies (elles se reconnaîtront) d'y participer. D'ici là, retour à un rythme moins échevelé, je vous donne rendez-vous lundi prochain pour un nouveau billet.

Post scriptum : J'envisage sérieusement l'acquisition d'un correcteur orthographique et grammatical de qualité, histoire de ne pas laisser échapper ces petites imperfections qui me râpent les nerfs, on ne se refait pas !

mardi 30 avril 2013

Z comme zouave


Pour clore ce défi, je vous propose une photo extraite de ma collection personnelle. C'est la plus ancienne photo que je possède de mon père.

Emmanuel enfant, Archives personnelles
Il semble avoir cinq ou six ans et il pose en costume de zouave. L'occasion de passer en revue un uniforme qui n'a pratiquement pas été modifié, du moins en ce qui concerne la tenue d'apparat, depuis la création des premières unités en Algérie en 1830 jusqu'à la dissolution du corps des zouaves en 1962.

Sur la tête, un bonnet de feutre rouge, la chéchia. Sur le gilet sans manche, une veste courte en drap bleu foncé, avec passepoils et tresse garance. Un pantalon très ample, sans séparation dans l'entrejambe, appelé sarouel, en principe de couleur garance lui aussi, et une très large ceinture de laine bleu indigo. Enfin des guêtres de drap bleu foncé l'hiver et de toile blanche l'été, sur des souliers cloutés de cuir noir.

Selon Wikipédia, l'aspect oriental de l'uniforme viendrait de l'habillement des soldats au service de l'Empire ottoman, du temps de la Régence d'Alger.

Tout ceci ne nous dit pas pourquoi Emmanuel pose dans une telle tenue, dans le studio du photographe. Était-il invité à une fête costumée ? Je l'ignore et n'ai jamais pensé à lui poser la question. Trop tard, maintenant.

J'ai naturellement retourné la photo, dans l'espoir d'y glaner quelque information supplémentaire. Il s'agit d'un format carte postale, avec un emplacement pour l'adresse et un autre pour la correspondance. Y figure un nom connu des spécialistes : "R. Guilleminot, Boespflug et Cie – Paris", avec un logo à tête de cheval. Cette société, créée au début du siècle dernier, fabriquait des papiers photographiques, des plaques et des films. Le siège était 22, rue de Châteaudun, dans le 9e arrondissement. Le nom a disparu en 1995, semble-t-il, lorsque l'entreprise fut absorbée par la société Bergger, elle aussi bien connue des photographes.

Mais la carte postale est restée muette sur le choix du costume. Cette touche d'exotisme continuera à m'intriguer longtemps encore.

lundi 29 avril 2013

Y comme Yourcenar


Aujourd'hui, je fais court. Qui ne connaît Marguerite Yourcenar (1903-1987), première femme à siéger à l'Académie française ?

Source Photopin
Dans la longue liste de ses œuvres, figure "Le labyrinthe du monde", où elle expose l'histoire de sa famille en trois volets : "Souvenirs pieux", "Archives du Nord" et "Quoi ? L'éternité".

Dans ce dernier volume, j'ai relevé cette phrase :

"La société des châteaux est ce qu'on trouve un peu partout en France. Peu de vieille noblesse, quoique tout le monde croie en être, parfois sincèrement. Les châteaux datent pour la plupart, comme le Mont-Noir lui-même, des beaux temps de la Restauration ; les propriétaires en datent aussi. Les familles les plus anciennes descendent d'intendants ou de fonctionnaires du XVIIIe siècle, qui ont fait leurs orges, et çà et là acquis ou relevé un titre."

J'aime cette lucidité teintée d'humour. À méditer par tous les généalogistes débutants et tous les colporteurs de légendes familiales (dont je fus), ceci dit sans acrimonie aucune.

samedi 27 avril 2013

X comme père inconnu


Eh bien, voilà, il n'y aura jamais que quatorze quartiers (et non pas seize) dans mon arbre généalogique ! À une dizaine d'années d'écart, deux de mes arrière-grands-mères du côté paternel ont eu chacune un enfant naturel. Je n'en fais pas un drame, d'autant que ces deux femmes me paraissent avoir fait preuve de caractère.

Source Photopin
J'ai déjà évoqué Madeleine Laubret. Je vais vous entretenir aujourd'hui d'Élisabeth Marie Letourneau.

Dans Heredis, du moins la version bleue que j'utilise sur mon Mac, l'édition d'une fiche individuelle détaillée permet d'obtenir ce que Sophie Boudarel appelle une ligne de vie(1). J'en extrais les informations suivantes.

Élisabeth Marie Letourneau a dix-neuf ans et elle est qualifiée d'ouvrière (sans plus de précision), lorsqu'elle donne le jour à Emmanuel(2) Marie, le 21 novembre 1845, au domicile de ses parents. Ceux-ci habitent dans la Grand-Rue, à Château-Gontier. Le père, qui fut menuisier, est maintenant "porteur de contraintes" : il notifie les mises en demeure de payer le percepteur ! Plus tard, il sera également agent d'assurances.

L'année suivante, lors du recensement, Élisabeth réside toujours à la même adresse, en compagnie de son grand-père maternel, cordonnier, de ses parents et de cinq de ses frères et sœurs. Le petit Emmanuel ne figure pourtant pas sur la liste : aurait-il été confié à une nourrice ?

Maisons anciennes, Grand-Rue, Château-Gontier
Il réapparaît dans les deux recensements suivants (1851 et 1856), contrairement à sa mère, qui a peut-être déjà quitté Château-Gontier. La maisonnée est d'ailleurs de plus en plus réduite, au gré des mariages des frères et sœurs d'Élisabeth. L'enfant, qui n'a pas encore dix ans, est vraisemblablement élevé par ses grands-parents.

Le 25 août 1857, la trentaine passée, Élisabeth se marie à son tour avec un cultivateur de Villevêque, dans le Maine-et-Loire. Le bourg, qui compte environ 1 600 habitants, est situé à une quinzaine de kilomètres au nord-est d'Angers. Il semble qu'Élisabeth réside avant son mariage au lieu-dit de la Fontaine, différent du lieu de résidence de son époux, Joseph Jacquelin. N'y voyez là aucun mauvais esprit de ma part, juste un constat. Elle signe "Elisa Letourneau". Ses parents sont présents à la mairie.

De cette union, vont naître deux garçons, Joseph Marie en juin 1858 et Adolphe Emmanuel(3) Marie en juin 1864. Les enfants voient le jour au lieu-dit de la Fontaine, où le couple a dû s'installer.

Je n'ai pour l'instant pas d'autre information jusqu'au mariage d'Emmanuel Letourneau, le 17 novembre 1873 à Angers. Ce jour-là, Elisabeth reconnaît dans l'acte de mariage qu'Emmanuel est son enfant naturel. Elle est qualifiée d'aubergiste et signe "femme Jacquelin", histoire de marquer qu'elle est une épouse respectable, sans doute.

Lorsque leurs deux garçons, Joseph et Adolphe, se présentent au conseil de révision, respectivement en 1878 et 1884, les époux Jacquelin n'ont pas quitté Villevêque.

Élisabeth décède finalement le 10 juin 1894, à une heure et demie du matin (les officiers de l'état civil sont beaucoup plus précis que les prêtres). Elle avait alors soixante-sept ans. Dans l'acte de décès, elle est qualifiée à la fois de ménagère et de cabaretière, et son mari de cultivateur.

Un détail titille mon imagination : elle rend son dernier soupir dans son habitation, au lieu-dit Mon Idée. Or ce toponyme, qui ne figure apparemment ni sur les cartes de Cassini, ni dans "la France à la loupe"(4), ni dans le Dictionnaire historique de Maine-et-Loire de Célestin Port, existe encore bel et bien de nos jours.  Il suffit de consulter la liste des lieux-dits de Villevêque dans l'Annuaire des mairies et villes de France(5) pour le vérifier. Alors, mon ancêtre serait-elle à l'origine de ce toponyme ? Aurait-elle ainsi appelé son auberge ? Mais comment le vérifier ?

Une femme de caractère, je vous dis.


(1) Voir sur son site La Gazette des Ancêtres, à la rubrique Boîte à outils, l'article "Organisez vos données en créant une ligne de vie".
 (2) Chronologiquement, première apparition de ce prénom dans mon arbre généalogique.
 (3) À nouveau ce prénom, surgi de nulle part.
 (4) Logiciel édité par BSD Concept, qui permet de localiser communes et toponymes sur la carte de France.
 (5) Dont voici l'adresse : http://www.annuaire-mairie.fr/

vendredi 26 avril 2013

W comme Wiggishoff


Me voici confrontée à une nouvelle difficulté. Comme je l'ai expliqué précédemment, la répartition géographique de mes ancêtres est pour l'instant strictement hexagonale. Pis que cela, elle concerne majoritairement la moitié ouest de la France : Manche, Mayenne, Maine-et-Loire, Vendée, Loir-et-Cher, Cher, Landes, Pyrénées-Atlantiques, Hautes-Pyrénées, Gers, Haute-Garonne… avec néanmoins quelques incursions dans la Drôme, les Vosges et la Moselle.

Source Photopin
Si je consulte le dictionnaire des noms de famille qui figurent dans ma base de données, quatre individus seulement commencent par la lettre fatidique : deux témoins et deux officiers de l'état civil.

Choisissons Jacques Charles Wiggishoff, nom à consonance alsacienne d'un adjoint au maire du 18e arrondissement de Paris, lors du mariage de Louis Chancé, doreur sur bois, avec Diasiente Victorine Hédin le 3 janvier 1885.

Que va-t-il m'apprendre ?

Tout d'abord, que nul n'est à l'abri d'une erreur. Pourquoi diable l'ai-je affublé des prénoms de Jean Jacques alors qu'il s'appelle Jacques Charles ? Une relecture attentive de l'acte de mariage me permet de rectifier cette information.

Je lance ensuite une recherche sur GeneaNet à partir du seul patronyme et j'obtiens 6 résultats sur les arbres généalogiques, y compris ma propre contribution (que je corrige au passage), 1 résultat sur les autres sources et 223 résultats en bibliothèque, pas moins.

La recherche dans les arbres généalogiques s'avère peu fructueuse. L'autre source est beaucoup plus intéressante : il s'agit de la base Léonore qui recense les personnes promues dans l'Ordre de la Légion d'Honneur et donne accès à leur dossier. Celui de Jacques Charles Wiggishoff(1) est particulièrement riche, 16 pages, dont sa nomination au grade de Chevalier en 1898, le faire-part de son décès en 1912, son bulletin de décès filiatif, divers courriers, une carte de visite, un résumé des services rendus et un extrait de naissance.

Enfin, les résultats en bibliothèque permettent d'accéder au site Gallica de la Bibliothèque nationale de Fance et aux documents où figure le nom de Wiggishoff : Bulletin officiel du Ministère de l'Intérieur, Recueil des actes administratifs de la Préfecture de la Seine, Annuaires, articles de quotidiens nationaux, Grande Encyclopédie de Camille Dreyfus… Jacques Charles Wiggishoff est abondamment cité.

J'apprends donc rapidement nombre de choses à son sujet. Il est né le 25 avril 1842 à Montmartre, au n°37 de l'impasse Traînée (sic), au foyer de Charles Joseph Wiggishoff, menuisier de son état, et de Marie Madeleine Caroline Hoch. Ses grands-pères s'appellent Jean Wiggishoff et André Hoch.

Il fut négociant et demeurait, du moins à la fin de sa vie, au n°153 de la rue Marcadet. Il est décédé le 2 avril 1912, dans sa soixante-dixième année, et fut inhumé à l'ancien cimetière de Saint-Ouen, dans le caveau de famille. Il était veuf d'une certaine Louise Leclercq, avait eu au moins un fils et une fille, et avait plusieurs petits-enfants.

Le faire-part indique également qu'il fut maire du 18e arrondissement de Paris, membre de la commission municipale du Vieux Paris, président de la Société française des Collectionneurs d'ex-libris et président honoraire de la Société archéologique du Vieux Montmartre. Un notable, donc, et peut-être un érudit, ce Jacques Charles Wiggishoff.

Ces informations ont été obtenues en quelques dizaines de minutes. L'occasion de démontrer, si besoin était, la richesse de GeneaNet.


(1) Archives nationales, Base Léonore LH/2756/46