lundi 10 décembre 2012

Combien de jumeaux parmi vos ancêtres ?


Lorsque j'entamai des recherches généalogiques sur mes ancêtres, je tentais d'abord naïvement de remonter le plus loin possible dans le temps. À partir d'une naissance ou d'un baptême, je recherchais le mariage des parents, qui me donnait l'identité des grands-parents, et ainsi de suite d'acte en acte et de génération en génération. Je pense que nombre de généalogistes amateurs ont commencé ainsi.

Pour ma part, j'arrivai assez rapidement au XVIIe siècle. Selon la disponibilité des archives numérisées, l'état des registres paroissiaux et mes modestes capacités à déchiffrer les écritures anciennes, je butais tantôt sur les années 1660, tantôt sur les années 1620, avec néanmoins quelques incursions à la toute fin du XVIe siècle : l'acte de baptême le plus ancien relatif à mes ancêtres directs concerne une certaine Perrine, fille de Guille. Berard et de Louise Besnard, baptisée le 19 mars 1599 à Chantrigné, dans l'actuel département de la Mayenne. À l'époque où Henri IV régnait sur le royaume de France, donc !

Cette première période fut riche en surprises. Du Maine-et-Loire à la Drôme et des Pyrénées aux Vosges, en passant par la Manche, la Haute-Garonne ou le Loir-et-Cher, je découvrais des paroisses aux noms poétiques, des métiers insoupçonnés et des religieux plus ou moins doués pour la calligraphie.

Lorsque je feuilletais (virtuellement) les pages d'un registre, en remontant de la dernière page à la première à la recherche d'un mariage, je tombais souvent sur le baptême ou la sépulture d'un autre enfant du couple. J'eus l'heureuse idée de noter ces événements sur des feuilles volantes, paroisse par paroisse, en indiquant le numéro du folio, et de ranger le tout dans un classeur.

J'eus assez vite envie de reconstituer les fratries à partir de ces notes. Combien de frères et de sœurs mon ancêtre direct avait-il eus, quel rang occupait-il, était-il l'aîné, le puîné ou le benjamin ? J'étais mûre pour la deuxième phase de mes recherches. Je commençais à reconstituer le parcours de ces collatéraux : s'étaient-ils mariés, avaient-ils eu des enfants, quand étaient-ils passés de vie à trépas ? Ma base de données augmentait à vue d'œil. J'identifiai plus facilement les liens de parenté avec les parrains et marraines, tuteurs et curateurs, cousins germains et remués de germains, toute cette parentèle présente lors des événements dont les actes de baptême, de mariage et de sépulture sont le reflet.

Je fis de nouvelles découvertes. Je constatai que, dans les couples, les naissances se succédaient parfois sur une vingtaine d'années au rythme d'une tous les dix-huit mois à deux ans, un peu moins au fil du temps, que nombre d'enfants mouraient en bas âge et que nombre de mères mouraient dans les jours qui suivaient l'accouchement, que les veufs se remariaient dans les mois qui suivaient le décès de leur épouse, que les veuves n'étaient pas en reste… Bref, l'histoire enseignée dans les manuels devenait soudain beaucoup moins abstraite.

Marie-Thérèse et Geneviève Maitreau, Archives personnelles

Un fait attira mon attention, le nombre d'enfants jumeaux : pas moins de douze cas de naissances multiples parmi mes aïeux, en l'état actuel de mes recherches. J'y étais particulièrement attentive, car ma mère avait eu une sœur jumelle. Je n'ai malheureusement pas connu cette dernière, car elle a été emportée par la grippe espagnole à l'âge de cinq ans, mais je détiens quelques photos des deux enfants, l'une blonde et fragile (ma mère) et l'autre plus potelée, aux cheveux plus sombres. C'était, à ma connaissance, un cas unique dans la famille, avant que j'entame des recherches généalogiques.

Douze cas de naissances gémellaires, donc, dans ma parenté : deux cas dans la branche maternelle et dix dans la branche paternelle. Cela me parut considérable. Un petit détour par Wikipédia m'apprit qu'il y a aujourd'hui en moyenne une paire de jumeaux pour 85 naissances et historiquement une paire de jumeaux pour 80 naissances. Les facteurs déterminants seraient le recours à des techniques de reproduction assistée (çà, c'est valable pour l'époque actuelle), l'âge élevé de la mère, ainsi que des prédispositions individuelles ou familiales du côté de la mère.

Je voulus en avoir le cœur net. Comment faire ? À partir de la liste de mes ancêtres directs, j'ai d'abord recensé le nombre de couples qu'ils ont formés (parfois plusieurs pour un même ancêtre, s'il y a eu des mariages successifs). J'ai inscrit en regard le nombre d'enfants issus de ces couples. J'ai prévu une colonne supplémentaire pour recenser les naissances attestées par un acte de naissance ou de baptême. Il arrive en effet que la filiation soit simplement déduite à partir d'un acte de mariage (dans ce cas, le degré de certitude est fort) ou simplement parce qu'un participant à une cérémonie est désigné comme frère ou sœur d'une autre personne (dans ce cas le risque d'erreur est plus élevé, notamment lorsque le prénom usuel diffère du prénom de baptême).

En l'état actuel de mes recherches, j'ai donc dénombré 329 couples sur treize générations. Ces couples ont eu 993 enfants identifiés, dont 797 attestés par des actes de naissance ou de baptême. Ce dernier chiffre est vraisemblablement très en dessous de la vérité pour deux raisons : je n'ai pas tenu compte des filiations prouvées uniquement par un acte de mariage et je n'ai pas encore reconstitué complètement les fratries pour les générations les plus éloignées. C'est donc une approche empirique, qui ne satisferait sans doute pas un statisticien, mais qui me permet quand même de me faire une idée.

Eh bien, j'arrive à une paire de jumeaux pour 66 naissances si je ne tiens compte que des enfants pour lesquels j'ai trouvé un acte de baptême. Mais j'arrive à une paire de jumeaux pour 82 naissances si je tiens compte de tous les enfants identifiés. J'en conclus que la proportion de naissances multiples chez mes ancêtres serait plutôt conforme à la moyenne, contrairement à ce que je pensais tout d'abord.

Et vous, combien de jumeaux avez-vous repérés parmi vos ancêtres ?

8 commentaires:

  1. Oh le gros travail...
    Je n'ai pas encore attaqué cette seconde phase qui consiste à identifier les fratries, au delà de mes arrières grands parents, où je trouve 2 paires de jumeau pour 56 enfants.... pas très significatif!
    Mais je vais travailler le sujet.

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  2. Oui quel travail !!!

    J'avais l'impression aussi avant de lire votre article qu'il y avait plus de grossesses gémellaires "avant" que de nos jours au vu de mes recherches. Mais cela doit être effectivement une vue de l'esprit.

    Je ne m'attaquerai pas aux mêmes statistiques que vous, je n'ai pas encore assez chercher de fratrie et cela serait grandement faussé.

    Je ne peux pas vous dire non plus combien j'ai recensé de jumeaux. Comme dirait Fernand Raynaud: un certain nombre ... voire un nombre certain !!

    Valérie

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  3. Bonsoir,
    Ce travail est vraiment très intéressant.
    J'ai constaté aussi un certain nombre de jumeaux dans ma famille mais je n'avais jamais pensé à chercher si ces chiffres étaient dans la moyenne. Il va falloir que je me penche là dessus !
    Bravo en tout cas pour ces recherches, et pour votre blog.
    Elise

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  4. Mais quel travail, Dominique, bravo...
    J'ai moi aussi commencé il y a quelques temps à relever les jumeaux que je trouvais dans une de mes branches, parce que je trouvais qu'ils étaient nombreux, mais je suis loin d'avoir reconstitué les fratries ...
    Un jour, peut être ...
    En tout cas, encore bravo

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  5. Merci pour cet article ! Un document passionnant sur le sujet avec une courbe qui en dit long :

    http://www.ined.fr/fichier/t_telechargement/34464/telechargement_fichier_fr_pisoncouvf.pdf

    A noter en particulier le pic de 1919 !

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  6. @Gloria Godard

    Merci pour le lien vers le document où le sujet est traité d'une façon beaucoup plus approfondie et plus rigoureuse que la mienne.

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  7. Bonjour,

    Y a-t-il une fonction dans hérédis pour "sortir" les jumeaux ?

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    1. Pas à ma connaissance. J'ai passé en revue tous mes ancêtres en ligne directe et utilisé un tableur pour obtenir ces statistiques.

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