lundi 21 janvier 2013

Une épidémie à Saint-Clément de la Place ?


Ceux qui ont souscrit un abonnement à GeneaNet connaissent sans doute les alertes généalogiques par individus : toutes les semaines, un message signale les nouvelles entrées dans la base de données qui ont un rapport avec nos ancêtres les plus lointains de notre arbre, ceux qui sont en bout de ligne en quelque sorte.

J'ai donc reçu ces derniers jours une alerte concernant le couple Mathurin Pinier et Marie Brossard, qui pour moi portent les numéros Sosa 184 et 185. Si j'en crois mes papiers, je n'avais guère travaillé sur eux depuis mes tous débuts en généalogie, lorsque je cherchais surtout à remonter le plus loin possible, sans trop me soucier des fratries, papillonnant de branche en branche, au gré de mes découvertes.

J'ai appris depuis lors à être plus méthodique ! J'imprimai donc la fiche de Mathurin Pinier sur laquelle figuraient les informations fournies par GeneaNet :
  • La date et le lieu de sa naissance,
  • Les noms et prénoms de ses parents,
  • Les noms et prénoms d'un de ses enfants, avec des dates qui se révèleront d'ailleurs erronées (nul n'est parfait),
  • Les nom et prénom d'un de ses frères.
Cette fiche allait me servir de journal de recherches. En effet, à ce stade, je ne saisis aucune information dans ma propre base de données, sans les avoir vérifiées auparavant (vous savez, ma fameuse obsession des pièces justificatives, héritée de mon ancien métier).

Mathurin Pinier étant apparemment né à Saint-Clément de la Place, bourgade située à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest d'Angers, me voilà sur le site des Archives départementales du Maine-et-Loire, l'un de mes préférés pour sa richesse, sa clarté et sa facilité d'accès.

Je trouvai assez rapidement l'acte de baptême à la date indiquée, le 19 mai 1735. Mais s'agissait-il bien de mon ancêtre ? Dans un premier temps, rien ne permettait de l'affirmer. Nos aïeux ont fait beaucoup d'enfants qui, une fois parvenus à l'âge adulte, ont fait de même, et c'est ainsi que l'on se retrouve vite avec quantité d'oncles et de cousins qui portent tous plus ou moins les mêmes prénoms !

Je me mis donc en quête de l'acte de mariage de Mathurin Pinier et de Marie Brossard, qui pourrait me confirmer l'identité des parents de Mathurin. La cérémonie est souvent célébrée dans la paroisse de l'épouse, ce qui complique un peu les choses, mais rien n'interdisait de penser que mon ancêtre avait choisi cette dernière dans son propre village. Bingo ! Voici l'acte en question, à Saint-Clément de la Place, le 27 janvier 1756. L'acte me confirme le nom des parents, Mathurin Pinier et Anne Joubert, et l'année de naissance du marié, en indiquant qu'il a vingt-et-un ans.

Puisque la chance me souriait, pourquoi ne pas poursuivre la lecture des pages suivantes et reconstituer la fratrie complète, autour de mon ancêtre René Pinier (Sosa 92), né en octobre 1760 au même endroit ?

Je vous passe les détails. Après exploitation systématique des informations fournies par GeneaNet, en cliquant sur les noms de la première fiche, et la lecture des registres paroissiaux et d'état civil correspondants, voici le fruit de mes recherches :
  • Des informations complètes sur le couple Mathurin Pinier et Marie Brossard, c'est-à-dire les dates et lieux de leur baptême, de leur mariage et de leur sépulture,
  • Des informations complètes sur une sœur de Mathurin Pinier,
  • Des informations complètes sur ses parents,
  • Les noms et prénoms de ses quatre grands-parents avec la date-butoir de leur décès,
  • La liste a priori complète des enfants du couple, avec au minimum leur date de baptême et de sépulture,
  • L'identification d'un certain nombre de parents et alliés présents aux différentes cérémonies. 
Je puis désormais affirmer que Mathurin Pinier et son épouse Marie Brossard, originaire du village voisin de La Pouëze, se sont mariés à Saint-Clément lorsqu'ils avaient respectivement vingt ans et vingt-six ans. Le couple a donné naissance à cinq enfants, quatre garçons et une fille : le premier s'appelle Mathurin, comme son père et son grand-père, les suivants Jean, René, Toussaint et Marie.

Mathurin Pinier était métayer à la Fournerie, comme son père fut métayer à la Morellerie dans la même paroisse, et comme son fils René, mon ancêtre direct, sera métayer à la Glénais, dans la paroisse du Louroux-Béconnais, non loin de là.

Source Photo Pin Creative Commons

Et c'est ainsi que nous arrivons à ce funeste mois de novembre 1765. En quelques jours, cinq membres de la même famille vont être inhumés dans le cimetière du lieu :
  • D'abord Toussaint, le 1er novembre (sinistre coïncidence), âgé de trois ans,
  • Puis Marie, née le 3 novembre et inhumée le 4,
  • Puis leur père Mathurin, le 6 novembre, à l'âge de trente ans,
  • Puis leur mère, Marie Brossard, le 9 novembre, à trente-six ans,
  • Finalement Mathurin fils, le 15 novembre, à l'âge de huit ans. 
La grand-mère, Anne Joubert, avait elle aussi été portée en terre, dans le même cimetière de Saint-Clément de la Place, quelques mois auparavant, le 10 juillet 1765. Elle avait alors cinquante-sept ans.

Le grand-père, Mathurin Pinier, né en 1700, survivra à cette hécatombe pendant une dizaine d'années, avant de mourir le 21 novembre 1775, à l'âge respectable pour le siècle de soixante-quinze ans.

Des enfants qui meurent dans les heures qui suivent leur naissance, des mères qui ne survivent que quelques jours à un accouchement, cela était relativement courant au XVIIIe siècle, compte tenu de l'hygiène et de la médecine de l'époque. Mais les trois autres décès ? Que s'est-il passé exactement ?

On est tenté de penser à une épidémie. J'ai donc cherché dans le livre de Thierry Sabot(1), puis sur Wikipédia et dans le Dictionnaire historique de Maine-et-Loire de Célestin Port. Je n'ai rien trouvé de précis.

Wikipédia qualifie les années 1765 à 1777 d'"années froides et pluvieuses". Thierry Sabot évoque bien une épidémie de grippe, mais dans la page qui concerne plutôt les années 1760 à 1764. Célestin Port reste muet sur la question dans les rubriques concernant Saint-Clément de la Place et la paroisse voisine de Saint-Jean des Marais. il précise au passage que le nom de cette dernière "ne s'explique guère dans un pays de rochers et de rares sources" (ce vocable m'avait d'abord fait penser à des fièvres).

J'ai à nouveau consulté les registres paroissiaux pour tenter d'y déceler quelques indices. Du 27 octobre au 15 novembre 1765, huit décès ont eu lieu, tous de personnes jeunes ou dans la force de l'âge : outre les cinq membres de la famille Pinier, j'ai noté Marguerite Menard (seize ans), René Brossard (trente-trois ans, beau-frère de Mathurin Pinier),  et Pierre Menard (dix-huit ans, frère de Marguerite Menard).

Chose curieuse, il n'y a ensuite plus aucun acte dans le registre entre le 30 novembre 1765 et le 17 janvier 1766, soit durant plus d'un mois et demi. Puis la vie de la paroisse semble reprendre son cours "normal", avec le même curé, Jean-Michel Corbin, et le même vicaire, J. Crasnier.

J'ai également jeté un œil sur le registre de Saint-Jean des Marais, où officie le curé Jean-François Corbin : je constate la même absence d'acte entre le 1er décembre 1765 et le 12 janvier 1766, mais le village a manifestement moins de paroissiens, donc sans doute moins de cérémonies.

Pour moi, le mystère reste entier. Quelqu'un pourrait-il m'éclairer sur cette question ?

(1) Thierry Sabot, Contexte, un guide chrono-thématique, Editions Thisa, 3e édition 2012

2 commentaires:

  1. Bonjour Dominique,

    Je suppose que vous l'avez fait mais au cas où ... ;-)
    Avez-vous consulté les dernières pages du registres ?
    J'ai eu le même cas en Loire-Atlantique et à la fin du registre, le curé a mentionné le rajout de feuillets (obligatoire) et la raison (il était en manque de page suite à une forte mortalité après une épidémie de dysenterie).

    Avez-vous posé la question sur le forum Généalogie et Calamités de Geneanet ?

    Bonne journée.

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  2. Merci pour ces conseils avisés, je vais les suivre de ce pas. Et bonne journée à vous aussi.

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