lundi 11 février 2013

Le plus lointain ancêtre


"Tu es remontée jusqu'où ?" C'est la question que j'entends le plus souvent, lorsque j'évoque mes recherches généalogiques. J'éprouve toujours un certain embarras : comment formuler une réponse qui ne soit pas trompeuse ?

Il n'y a pas si longtemps, je donnais une date : 1596. Et puis j'ajoutais un repère, Henri IV ; j'ai toute une partie de ma famille qui a gardé de solides attaches avec le Béarn, c'est une référence qui leur parle.

Je n'imaginais pas remonter aussi facilement jusqu'au XVIe siècle, mais il faut quand même relativiser. Cette Françoise Le Bourdais, qui serait née vers 1596 si l'on se fie à l'âge qui lui est donné lors de sa sépulture, appartient à la douzième génération de mes ancêtres. C'est une petite pièce d'un puzzle qui en comprend un peu plus de quatre mille si je m'arrête là, mais plus de huit mille si j'ambitionne de remonter à la génération précédente, et ainsi de suite à chaque nouvel échelon.

Nul besoin d'être mathématicien pour comprendre qu'il faut multiplier par deux le nombre des ancêtres à chaque génération ! Or, à ce jour, j'ai identifié avec plus ou moins de certitude… 571 ancêtres. Sur quatorze générations, c'est très peu (3,5 % pour les amateurs de pourcentages, moins d'une personne sur vingt-huit pour les autres).

Car j'ai progressé ces dernières semaines et Françoise Le Bourdais s'est fait ravir le titre par Perrine Ermouin, qui appartient à la quatorzième génération de mes ancêtres, porte le numéro Sosa 11935 et serait née vers 1568. Sous le règne de Charles IX ou celui de son successeur Henri III, donc.

Gené, sur la carte de Cassini, d'après la France à la Loupe

D'après le registre paroissial de Gené, dans l'actuel département du Maine-et-Loire, Perrine Ermouin est décédée dans la nuit du 9 mai 1646, "aagée de soixante et dix huict ans deux mois". De telles précisions sont plutôt rares pour l'époque. Elle était veuve d'un certain René de la Noë, qui l'avait précédée dans la tombe en décembre 1637.

À ce jour, j'ai identifié un seul enfant du couple : Renée de la Noë ou Delanoë, baptisée le 5 octobre 1594 et fiancée à Nicolas Guesné le 12 novembre 1612, à l'âge de dix-huit ans. Le mariage fut célébré le 3 décembre de la même année et le couple donna le jour à douze enfants au moins entre novembre 1613 et août 1637. Notons au passage qu'il y eut des jumeaux en avril 1628, mais que ceux-ci ne vécurent que quelques jours à peine.

Le dernier accouchement fut fatal à la mère, puisqu'elle décéda le 17 août 1637, "en travail d'enfans" nous dit l'acte de sépulture. Elle avait quarante-deux ans.

La paroisse de Gené est plutôt modeste. Située au centre d'un triangle délimité par Segré, le Lion-d'Angers et Vern-d'Anjou, elle comptait moins de cinq cents habitants lors du dénombrement de la population effectué en 1726. Mais elle présente une particularité qui intéresse au plus haut point les généalogistes : au XVIIIe siècle, le curé François Gaultier entreprit de dresser un répertoire des baptêmes pratiqués dans son église.

Le répertoire commence en novembre 1539 ! Difficile de faire mieux, si l'on se rappelle que la tenue des registres de baptêmes ainsi que leur rédaction en français et non en latin furent rendues obligatoires par l'ordonnance de Villers-Cotterêts d'août de la même année.

J'y ai recherché le baptême de Perrine Ermouin, ma plus lointaine ancêtre identifiée, avec une certaine fébrilité. Eh bien, j'ai trouvé une mention qui pourrait lui correspondre, à la date du 10 février 1567. Elle aurait donc vécu soixante-dix neuf ans et trois mois, au lieu des soixante-dix huit ans et deux mois indiqués dans son acte de sépulture. Le rapprochement est tentant.

Malheureusement, le registre proprement dit des baptêmes ne commence qu'en 1574 (et je ne vous dis rien sur l'écriture de l'officiant de l'époque). Le registre des mariages est plus lisible, mais il ne commence qu'en 1607, trop tardivement donc pour comporter l'acte de mariage du couple René de la Noë et Perrine Ermouin. Peu importe ! Désormais, lorsque je serai interrogée, je répondrai fièrement : 1567 ou 1568, du temps où les Valois régnaient sur la France !

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