lundi 18 mars 2013

Donation à la paroisse de Touchet


Comme vous le savez, les registres paroissiaux recèlent parfois quelques pépites. En voici une.

Source : AD Manche

Le 18 juillet 1781, un ecclésiastique, Jean François Le Pegot, qui semble avoir occupé une place importante au sein du diocèse de Coutances(1), fait une donation à la modeste paroisse de Notre-Dame-du-Touchet, dans l'actuel département de la Manche. Les deux feuillets sur lesquels sont retranscrits l'acte de donation et son acceptation sont intercalés entre l'année 1781 et l'année 1782.

De quoi s'agit-il ? D'un calice et d'une patène en vermeil(2), accompagnés de deux pintons en argent (autrefois dorés, est-il précisé). Douze ans de scolarité dans un établissement confessionnel me permettent de savoir que le calice et la patène sont l'un une sorte de coupe et l'autre une sorte de plat qui occupent une place centrale dans la célébration de la messe, au moment de l'offertoire et de la consécration du pain et du vin ; mais les pintons ? J'ai cherché en vain dans les différents dictionnaires à ma disposition, y compris un "Dictionnaire des mots rares et précieux". Pas le moindre pinton.

Il ne m'a pas échappé que la pinte est une ancienne unité de mesure de capacité pour les liquides, de l'ordre de 0,93 litre à Paris (ce qui est largement supérieur à la pinte anglaise). J'en déduis que les pintons en question, au nombre de deux, sont peut-être des burettes, ces deux flacons contenant le vin et l'eau, utilisés à plusieurs reprises au cours de la messe.

L'ecclésiastique précise le poids des objets précieux : cinq marcs deux onces pour le calice et la patène, un marc quatre onces et quatre gros pour les pintons. L'occasion de réviser les anciennes mesures de poids. Un marc équivaut à 244,75 grammes, une once à 30,594 grammes et un gros à 3,8 grammes. En d'autres termes, il faut huit gros pour faire une once et huit onces pour faire un marc. L'ensemble de la donation représente donc environ 1,7 kilo de vermeil et d'argent.

Pourquoi une telle donation ? Il s'agit d'honorer la mémoire de René Charles Le Pegot, frère du donateur, et de René Michel Libor, leur neveu commun, qui furent tous deux curés de la paroisse de Notre-Dame-du-Touchet au cours du XVIIIe siècle. Le premier a été inhumé dans le chœur de l'église en août 1753 et le second en février 1761, soit plus de vingt ans auparavant.

Jean François Le Pegot avait précédemment remis les objets en question à un autre de ses neveux, Louis François Libor, curé de Saint-Romphaire, et ils lui avaient été retournés à la mort de ce dernier, survenue en mai 1778. Dans l'acte de donation, Jean François Le Pegot souhaite que l'on se souvienne également de ses parents, inhumés dans l'église du Touchet, et de lui-même "et avant et après (son) décès".

À ce stade, j'ai éprouvé le besoin de faire un tour sur GeneaNet. J'y ai trouvé une certaine Esther Le Pegot, sans doute la sœur de notre généreux donateur. De son union avec le sieur Guillaume René Libor sont nés de nombreux enfants, dont deux au moins, René Michel né en 1718 et Louis François né en 1720, furent ordonnés prêtres. À la génération suivante, un certain Guillaume Jean Baptiste Libor sera pour sa part maire de la commune de Touchet.

Mais revenons à notre donateur. Il souhaite que le calice, la patène et les pintons de métal précieux ne soient utilisés que pour les fêtes solennelles et les grandes messes paroissiales, afin de mieux les conserver. Il s'en remet "à la prudence et sage économie de messieurs les curés".

Le 29 juillet 1781, le curé Guillaume Mauduit, le vicaire Pierre Yver et nombre de notables de la paroisse, "assemblés au son de la cloche à l'issue des Vespres", acceptent la donation. Ils sont plus d'une vingtaine à signer le document, dont un exemplaire figure dans le registre paroissial et un exemplaire est placé dans le coffre de ce qu'ils appellent le "Thrésor"(3).

Je me demande simplement ce qu'il advint des objets de cette donation et des intentions qui y étaient attachées, lorsque survint la Révolution, quelques années plus tard.



(1) Il fut notamment official du diocèse de Coutances pour le siège de Saint-Lô, c'est-à-dire juge ecclésiastique délégué par l'évêque.

(2) Métal précieux constitué d'argent recouvert d'or.

(3) Le texte complet de l'acte figure dans les registres paroissiaux de Notre-Dame-du-Touchet sous la cote suivante : 5MI 2035, vues 20 à 22/148.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire