mardi 16 avril 2013

N comme nourrice


L'une de mes arrière-grand-mères, Madeleine Augustine Laubret, est originaire de Salbris, dans le Loir-et-Cher. Elle habitait au pied de la butte Montmartre et était crémière de son état lorsqu'elle épousa Frédéric Chancé le 9 novembre 1861, à la mairie du 18e arrondissement de Paris.

Source Photopin
Persuadée que mon grand-père était fils unique, je ne m'interrogeai pas une seconde sur les quarante-trois mois qui séparent ce mariage de la naissance de Frédéric François en juin 1865.

Madeleine Augustine Laubret était une enfant naturelle. J'ai déjà raconté comment la lecture des registres de recensement(1) m'a permis de renouer les fils avec la branche maternelle de sa famille, lorsque j'eus accès aux archives numérisées du Loir-et-Cher. Je parcourais les tables décennales de Salbris lorsqu'un nom me sauta aux yeux : Chancé Alexandre Constant. Mes ancêtres Chancé sont originaires de Notre-Dame du Touchet, dans la Manche, à quelques centaines de kilomètres de là, et le patronyme n'est pas si fréquent. Que diable faisait-il là? Je me précipitai sur l'acte de décès rédigé le 26 juillet 1864 et voici ce que je trouvais :

"L'an mil huit cent soixante-quatre, le vingt-sixième jour du mois
de juillet à six heures du matin pardevant
Nous Debray Jean-Baptiste, adjoint délégué
Officier de l'État civil de la commune de Salbris
canton de Salbris département de Loir-et-Cher
sont comparus Livernault Casimir,
âgé de quarante-un ans, profession de maréchal,
domicilié à Salbris et Baudry Jules,
âgé de trente ans, profession de maçon,
domicilié aussi à Salbris,
Lesquels nous ont déclaré que le vingt-cinq du mois de juillet
à huit heures du soir, Chancé, Alexandre, Constant, fils de Frédéric François
Chancé, peintre à Paris et de Madeleine Laubré, son épouse,
âgé de deux ans, sans profession
demeurant à Salbris département de Loir et Cher,
né à Paris, département de la Seine,
est décédé en notre commune, en la maison de la veuve Alard, sa nourrice.
Le premier témoin nous a déclaré être voisin et le
second témoin être aussi voisin du décédé. Nous nous sommes
assuré de l'exactitude de la déclaration de ces témoins, qui ont signé avec nous le
présent acte, après que lecture leur en a été faite.
"

Le couple avait donc eu un premier enfant, avant la naissance de mon grand-père, et l'avait confié à une nourrice à la campagne. J'épluchai aussitôt les tables décennales des différents arrondissements de Paris et je trouvai l'acte de naissance à la date du 15 juin 1864, dans le 18e arrondissement. Alexandre Constant avait moins de deux mois, et non pas deux ans, lorsque s'éteignit sa brève vie chez la veuve Alard. À cette époque, la mortalité infantile était élevée et le recours à une nourrice n'arrangeait rien, pour peu que celle-ci loue ses services à plusieurs familles à la fois, afin de gagner plus d'argent.

Quelles sont les motivations qui ont conduit le couple à mettre l'enfant en nourrice ? L'air vicié de Paris ? une charge de travail trop importante ? la mère est dite sans profession dans l'acte de naissance. Le manque de lait ? un comble pour une ancienne crémière ! Une autre raison ? Je n'ai pas encore de réponse à cette question et peut-être n'en aurai-je jamais.

Et cette veuve Alard, comment en savoir plus à son sujet ? Quelles pistes explorer ? Pour l'instant, je sèche.

Tout ce que je sais, c'est que l'année suivante, le 27 juin 1865 exactement, naissait mon grand-père Frédéric François au numéro 74 de la rue de Richelieu, dans le 2e arrondissement de Paris. Il semble qu'entre temps le couple ait quitté la butte Montmartre pour s'installer dans un quartier transformé par les travaux du baron Haussmann. J'ignore si cet enfant fut mis en nourrice comme son aîné, dont la trop brève existence n'a pas laissé de trace dans l'histoire familiale, mais il vécut suffisamment longtemps pour se marier et pour avoir un fils, mon père.

Je note au passage que si j'avais fait preuve de plus de méthode et si j'avais épluché les tables décennales de tous les arrondissements de Paris pour identifier tous les enfants du couple Chancé-Laubret, j'aurais vraisemblablement fini par trouver la naissance du petit Alexandre Constant. Mais je me serais longtemps interrogée sur la suite de son existence et je n'aurais sans doute pas pensé à chercher un éventuel acte de décès du côté de Salbris. La mise en nourrice ne m'aurait pas traversé l'esprit !

(1) Voir http://degresdeparente.blogspot.fr/2012/12/rechercher-ses-ancetres-de-lutilite-des.html

2 commentaires:

  1. Il me semble Dominique qu'il était très fréquent à l'époque de mettre son enfant en nourrice, surtout pour les commerçants, les bourgeois... et qu'il y avait en effet une grande mortalité !J'ai vu énormément d'actes de décès dans l'Yonne, de très jeunes enfants mis en nourrices. Ce département était l'un des viviers de la capitale, pour ce qui concernait les nourrices ! Pas forcément judicieux.

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    1. Vous avez raison, mais je n'avais pas encore eu le cas chez mes ancêtres.

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