lundi 23 septembre 2013

Pour ou contre un arbre généalogique universel ?


Je ne vous dissimulerai pas plus longtemps qu'il m'arrive d'avoir l'esprit d'escalier. C'est pourquoi j'ai envie d'aborder aujourd'hui un thème qui a déjà suscité nombre de billets et de commentaires sur les blogs cet été : pour ou contre un arbre généalogique universel.

Source Archives personnelles

De quoi s'agit-il ? D'un arbre unique, créé directement en ligne par une multitude de contributeurs. Ce qui diffère des systèmes de partage actuels, où chacun met sur le net l'arbre de ses ancêtres, en transférant le plus souvent une base de données patiemment élaborée sur son ordinateur personnel.

L'idée de l'arbre unique repose sur deux principes :

  • La saisie des données à partir de documents sources (actes d'état civil, registres matricules, recensements…) assurant la traçabilité de l'information,

  • Le "matching", c'est-à-dire la comparaison entre les personnes similaires pour vérifier s'il s'agit d'un seul et même individu (et éviter ainsi la multiplication des doublons).

Plusieurs projets vont déjà dans ce sens : gennus.org, Brozer, Family Tree Builder, notamment.

L'idée est extrêmement séduisante, mais elle ne soulève chez moi qu'un enthousiasme modéré ! Pourquoi ? Je passe sur la métaphore de l'arbre, elle-même sujette à discussion, à moins de multiplier les racines autant que les branches. Une sorte de mangrove inextricablement mêlée, peut-être ?

Comme j'ai l'esprit critique, je perçois d'abord les inconvénients d'un tel concept. J'énumérerai pêle-mêle les erreurs que nous faisons tous lors de la saisie des informations, les méthodes de travail qui diffèrent d'un généalogiste à l'autre, le manque de rigueur que l'on constate parfois dans les bases de données en ligne, les questions de confidentialité… Sans doute aussi la sensation de perdre la maîtrise de ses données, sentiment lié à une sauvegarde à distance. Mais tout cela a déjà été évoqué par Brigitte, Sophie, Élise et les autres et les contre arguments ont été tout aussi brillamment développés. J'y ai même appris au passage la notion de "doute quantifiable", qui devrait satisfaire les esprits logiques.

Passons aux points positifs. J'en vois au moins deux : le travail collaboratif et le gain de temps dans la collecte de l'information.

Quoi de plus excitant en effet que de partager ses découvertes avec d'autres généalogistes passionnés et d'apporter ainsi sa pierre à l'édifice ? Ce que nous faisons tous plus ou moins lorsque nous transférons nos fichiers sur un site en ligne. Compte tenu de nos histoires personnelles, nous nous intéressons davantage à telle ou telle branche de nos ancêtres, nous fouillons avec plus de ténacité l'histoire de telle paroisse ou de telle commune, nous privilégions les recherches sur telle période… La mise en commun de ces données enrichit de façon considérable le travail de chacun. Reste toutefois l'épineuse question de leur traitement dans une base unique, mais je laisse ce soin aux spécialistes.

Le gain de temps est également fort appréciable. Je le constate déjà chaque fois que je consulte Geneanet, à la recherche d'une date ou d'un événement qui jusqu'ici m'échappaient. Bien sûr, je remonte systématiquement aux sources, afin de vérifier l'information, et il m'arrive de pester lorsque celle-ci s'avère imprécise ou erronée, mais j'adresse une pensée reconnaissante à tous ceux qui m'ont permis d'élargir ainsi le champ de mes investigations.

Un arbre universel aurait les mêmes vertus, je n'en doute pas. Il permettrait de réduire le temps passé à la collecte des informations de base (baptêmes, mariages, sépultures…) et de consacrer davantage d'heures à approfondir la connaissance de nos ancêtres, de leur environnement, des événements dont ils ont été les acteurs ou les témoins. À nous les salles de lecture des archives départementales et des bibliothèques spécialisées. On pourrait même y percevoir les prémices d'une évolution du généalogiste amateur vers l'historien des familles.

Il n'en reste pas moins qu'une chose me surprend dans ce débat sur l'arbre généalogique universel (quelque peu utopique, à mon avis) : pourquoi un tel sujet déclenche-t-il des réactions parfois violentes, que je qualifierai d'épidermiques ?

Nous y voilà ! La généalogie touche à l'intime. Je l'ai déjà constaté lorsque j'ai participé à des ateliers et je le vérifie lorsque je lis tel ou tel commentaire. Certains sujets sont porteurs d'émotions : secrets de famille, ancêtres dits "sensibles", enfants abandonnés ou confiés à l'Assistance publique… La Bruyère, je crois, disait que nous descendons tous d'un roi et d'un pendu, mais la caution d'un illustre écrivain ne suffit pas toujours à nous faire accepter les faits.

Sommes-nous prêts à mettre sur la place publique l'intégralité des données que nous avons collectées ? Même si "nos" ancêtres ne nous appartiennent évidemment pas, ils réveillent en nous un écho venu des profondeurs. J'évoquerai au passage, sans me prononcer sur sa pertinence, la psychogénéalogie qui établit des liens entre le mal-être ressenti par une personne et l'histoire de ses ascendants.

D'autres questions me viennent également à l'esprit, auxquelles je ne suis pas sûre de pouvoir répondre avec précision : pourquoi faisons-nous des recherches généalogiques ? quels sont nos objectifs ? quelles sont nos motivations ? Ah, ah, vastes sujets ! Permettez-moi de les laisser aujourd'hui en suspens…

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5 commentaires:

  1. Excellent billet, Dominique, ton avis apporte une petite pierre de plus à cette idée.
    Ce qui m'amuse, c'est qu'on en parle tellement en ce moment, est ce que ca va vraiment déboucher sur une nouvelle façon de faire de la généalogie ?

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  2. Ce qui est sûr, c'est que la pratique de la généalogie a déjà passablement évolué depuis l'époque, pas si lointaine, où l'on tenait des fiches manuellement !

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  3. Les moins de 25 ans font de la transparence une de leurs valeurs fondamentales, et ils sont beaucoup moins sensibles sur la question de la vie privée que vous autres papy boomers. Quand ils auront décidé de s'intéresser à la généalogie autant qu'à Facebook, la vie de leur ancêtres deviendra non seulement publique mais bariolée de publicité.

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  4. La rationalisation d'une démarche aussi émotionnelle, car intime, m'effraie un peu.
    Je ne suis pas avare de mes découvertes et j'ai toujours beaucoup de plaisir à trouver un nouveau cousin, ou une cousine (ainsi Dominique), au hasard d'une filiation.
    Le grand arbre fraternel, c'est un beau concept, mais comme tu le dis ce serait une véritable mangrove familiale, à savoir inextricable et impénétrable, tant les alliances, les implexes et les cousinages sont multiples.
    Gardons-nous de ce monstre, conservons nos plaisirs d'investigations, à la mesure de nos vitesses de progressions respectives, nous garderons ainsi la vraie richesse de notre passe temps.

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