lundi 3 février 2014

Le carnet Morel


C'est l'un des documents les plus importants de ma collection personnelle à plus d'un titre.

Par son ancienneté, tout d'abord : il est entièrement de la main de mon arrière-arrière-grand-père François Morel, né le 22 novembre 1800 à Peyrus (Drôme), au pied du plateau du Vercors, et décédé à Pau le 11 novembre 1871, quelques jours avant son soixante et onzième anniversaire. Je pense qu'il en entama la rédaction après le 30 septembre 1854, alors qu'il venait de faire valoir ses droits à une pension de retraite militaire, et qu'il le compléta quelques années après.

Carnet Morel, source Archives personnelles

Par sa longueur, ensuite : plus de 80 pages, même si une petite vingtaine ne comporte qu'un numéro, sans aucune ligne d'écriture. Le cahier a une étiquette écrite à la plume, collée sur la couverture cartonnée, deux pages de garde indiquant la nature du contenu et l'identité du rédacteur, ainsi qu'une table des matières fort détaillée, permettant un suivi chronologique de 1821 à 1854 et deux ajouts en fin de volume, l'un de 1855 et l'autre de 1860.




Par son contenu, enfin : il résulte d'une démarche volontaire, non exempte de fierté à mon avis, et résume en quelques feuillets toute la vie de mon ancêtre, de son entrée dans la vie active jusqu'aux premières années de sa retraite. Une reconstitution de carrière, à travers les diplômes, les lettres, les ordres de mission et les états de services de celui qui passa la grande partie de son existence dans les services de santé de l'armée.

Je ne peux m'empêcher de penser que François Morel, bachelier ès lettres, docteur en médecine et chevalier de la Légion d'honneur, y voyait la preuve d'une formidable ascension sociale. N'oublions pas que ses parents étaient tous deux illettrés, même si, devenus aubergistes, ils eurent sans doute les moyens de financer tout ou partie de ses études.

J'imagine également la chaîne des dépositaires successifs pour que ce cahier parvienne jusqu'à moi : dans un premier temps Marie François, l'épouse de François Morel, décédée en 1887, puis Eugénie Morel, sa fille, mon grand-père Maurice Maitreau ensuite, décédé en 1939, puis ma grand-mère Julia qui survécut vingt-sept ans à son mari, puis ma mère…

Étonnamment, je ne me souviens pas précisément du moment où je l'ai eu entre les mains pour la première fois. Était-il rangé avec d'autres papiers de famille dans le curieux sac de voyage en cuir à fermeture métallique, appelé "squaremouth", qui appartenait à ma grand-mère ? Sans doute.

Le sac de voyage de Julia

Je ne l'ai lu avec attention que le jour où j'ai commencé à m'intéresser de près à la généalogie. Au fil des pages, j'ai tenté de reconstituer le parcours de mon ancêtre d'une ville de garnison à une autre, tant en France métropolitaine qu'en Algérie, où il fit deux séjours successifs, le premier de 1842 à 1845 et le second de 1846 à 1851.

Ce cahier m'a également permis de prendre connaissance de quelques événements clés : sa naissance (l'un des tout premiers actes que j'ai obtenus, en passant à l'époque par l'entraide de FranceGenWeb), son mariage avec Marie François… il a donc orienté mes premières recherches.

J'en avais également scanné quelques pages, pour illustrer mes sources dans Heredis, sans tout à fait prendre conscience que ce document fragile avait vraisemblablement environ cent soixante ans ! À manipuler avec précaution, donc. Lorsque je l'ai ressorti de sa pochette, ces jours-ci, j'ai pris le taureau par les cornes et je l'ai entièrement scanné, page après page, de façon à pouvoir désormais le consulter sans risque sur l'écran de l'ordinateur.

J'ajoute que je ne suis qu'un maillon de la chaîne et que j'ai bien l'intention de le transmettre un jour à mon fils, qui le remettra à celui de ses enfants qui se passionnera le plus pour l'histoire.

6 commentaires:

  1. Quel document ! En 1800, aucun de mes ancêtre ne signe, donc écrire n'en parlons pas ! (sauf peut-être celui qui faisait des contrefaçons de monnaies).

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  2. Bel article. Quelle chance vous avez de posséder un pareil document !

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  3. Cela me rappelle une histoire sur le merveilleux trésor des Atlantes. Certains cherchaient des pierres précieuses, de l'or, de l'argent et s'étaient retrouvés déçus parce que la vraie richesse résidait dans des livres, de la sagesse, l'histoire des anciens. Petit bonheur d'avoir un pareil bijou dans sa malle aux trésors. Merci de l'avoir partagé un peu

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  4. Je ne peux qu'approuver les commentaires d'Elodie, de Jean-Michel et de Cedeca !
    Merci pour le partage !

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  5. Super Dominique ! C'est une chance d'avoir ce souvenir de famille ! Cela ressemble à mon doc du mois...

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  6. @Elodie, Jean-Michel, Cedeca, Evelyne, Marine et les autres…
    Oui, je crois que j'ai beaucoup de chance d'avoir ce document entre les mains, mais je suis sûre que chacun et chacune d'entre vous ont également des trésors généalogiques.
    Et puis, il faut être accro à la généalogie pour en apprécier la valeur : pendant des années, je n'y ai pas prêté attention plus que ça !

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